Recherche

La démarche recherche

Dans le cadre de la pratique hypnotraumatologique

Mesurer l’impact du traitement des situations traumatiques par l’hypnose

L’hypnotraumatologie se positionne clairement comme une science et par conséquent vise à mesurer les effets de ses pratiques et l’adéquation de ses bases théoriques. Néanmoins, ce positionnement soulève des questions fondamentales :

  • Faut-il mesurer l’impact des sciences sociales et humaines ?
  • Peut-on véritablement mesurer l’impact de l’hynotraumatologie sur le plan humain et social ?
  • Comment quantifier de manière scientifique ou de manière sensée les effets de cette discipline ?
  • Quelles méthodes quantitatives et quelles normes à appliquer pour évaluer ?

Les sciences naturelles et physiques sont engagées dans ce mouvement mais les sciences humaines et sociales restent encore hésitantes. Notre point de vue est lui bien plus souple car s’abstenir d’évaluer l’impact de l’hypnose sur la personne et sur la société perpétue l’idée qu’elle n’en a pas. Plus enfermant encore, cette carence ne permet pas d’ouvrir d’autres horizons et de faire bénéficier des avancées de la recherche.

Pour cela, la manière, la méthode à mettre en œuvre pour mesurer l’impact, ne peut s’appuyer sur une approche quantitative et ne peut reposer que sur l’étude du binôme thérapeute/client. Au contraire, la démarche doit s’étendre dans toute sa complexité en intégrant des paramètres environnementaux pour ne citer que les espaces professionnels, personnels, économique et sociaux). L’interaction des uns et des autres possède une place centrale dans le processus de connaissance et plus précisément dans le processus thérapeutique. L’hypnotraumatologie s’inspirant d’autres disciplines n’a pas vocation à l’enfermement heuristique et disciplinaire.Aussi, la méthode de recherche et d’évaluation va s’établir autour d’une méthodologie rigoureuse constituée :

  • Des notions carrefours de la recherche/action
  • D’une analyse des faits par la praxéologie
  • D’analyses qualitatives des phénomènes par les témoignages et les expériences

La recherche/action comme spécificité de l’approche scientifique

Ce choix de la recherche/action comme méthode de recherche n’est pas un hasard. Son essor est visible aujourd’hui auprès des praticiens du social et notamment de l’ingénierie sociale qui en a fait son socle d’intervention. Elle offre deux avantages pour l’hypnotraumatologue :

  • Premièrement : c’est la possibilité d’inscrire une compétence de chercheur à des praticiens. Le plus souvent, le chercheur est universitaire ou travail en laboratoire dont ses recherches sont déconnectées d’une réalité professionnelle. La recherche par l’action révolutionne ce statut et de ce fait permet une nouvelle posture en accordant une place au praticien;
  • Deuxièmement : c’est la possibilité au chercheur d’agir en tant que professionnel dans une dialectique qui s’articule sans cesse entre son implication et sa distanciation. Il conserve son autonomie, son indépendance et sa pratique mais participe activement à l’évaluation des impacts de son métier.

Au-delà du caractère interpersonnel du praticien, la recherche/action oblige à la pluralité des supports de connaissances issues des autres disciplines. Cette lecture transversale des phénomènes en cours le transforme en inventeur, en bricoleur, en expérimentateur. Enfin, cette démarche ne peut s’effectuer que dans le cadre d’une analyse par la pensée complexe comme l’entend Edgar Morin. La R/A (recherche/action) est au final un moyen pertinent de produire et surtout de coproduire de la connaissance et du sens.

Les méthodes

La praxéologie comme socle d’analyse

L’action du praticien est donc déterminante et inclusive à toute démarche recherche de l’hypnotraumatologie. La praxéologie peut être complémentaire pour la résumer à une science de l’action ou la science de la pratique. L’hypnotraumatologue ne va pas seulement pratiquer, « pédaler », il va « se regarder pédaler », se regarder pratiquer. La praxéologie s’apparente et trouve ses racines dans la théorie des choix, puisque le choix est un moment de l’action. Ce regard mène naturellement à une double lecture, celle des choix du praticien, et celle des choix du client. L’analyse praxéologique porte aussi bien sur le professionnel que sur l’usager de l’hypnose.

Si la méthode vise à l’analyse des faits et seulement des faits sans jugement de valeur, elle trouve ses limites dans l’analyse de l’action humaine sans considérer les circonstances et les buts visés. Cette défectuosité sera comblée dans l’approche hypnotraumagologique de par le courant de la sociologie des organisations qui s’inscrit dans une vision plus globale acceptant que le comportement de l’acteur se construit aussi par ses perceptions et par la structuration du système avec ses règles implicites et explicites. La personne intègre donc dans ses choix l’environnement au sens large du terme, que l’on nomme la théorie de l’action organisée.

L’analyse qualitative

Cette partie se construit sur un impératif constituant la méthode pragmatique de recherche par l’enquête de terrain dans notre cas. C’est-à-dire qu’elle, la recherche, implique un contact personnel, ici professionnel, avec les sujets de recherche, principalement par le support d’entretiens et par l’observation des pratiques, à travers des témoignages, des notes de terrain, des images, des vidéos…etc. C’est une réponse à la question du comment mesurer l’impact des pratiques hypnotraumatologiques.

L’analyse qualitative se différencie de l’analyse quantitative sur deux points :

  • L’extraction des données vise à en extraire le sens et non une panoplie de données statistiques (pourcentage, ratio…)
  • La vision de l’usager est prise en considération pour s’intégrer totalement dans la mesure de l’impact

Trop souvent, dans les méthodes de recherche classique, l’externalité à la chose est le point d’appui pour tenter une explication. L’internalité, celle du ressenti, de la perception même de l’usager, de l’acteur est souvent écartée des tentatives de compréhension car manquant d’objectivité.

Parce qu’il n’existe pas d’outils sophistiqués, pas d’outils scientifiques pour mesurer les comportements humains. Pourtant l’esprit humain met à profit des capacités naturelles pouvant comprendre et interpréter des pratiques, des conduites et des expériences. C’est de cet outil que part l’analyse quantitative.Pour rendre effective les analyses, les chercheurs vont mener des opérations immédiates et intuitives de l’esprit et de l’intelligence. Les procédés techniques existent et sont nombreux mais demandent un effort ainsi que des capacités d’entrer dans le champ de la complexité. Nous pourrons alors utiliser les transcriptions des témoignages pour les croiser, trouver des dénominateurs communs ou particuliers. Des techniques de découpage de texte, de surlignage de mots clés permettent une lecture et une confrontation des savoirs. Des regroupements intuitifs de termes ouvrent la possibilité d’inductions généralisantes. Ces quelques exemples démontrent que l’analyse qualitative fait usage d’un unique matériau, l’intelligence par la mise en relation, le rapprochement, la confrontation, la mise en perspective…etc.

Cette démarche praxéologique se prête particulièrement bien à l’hypnotraumatologie dans le sens ou elle convient à la fois à une recherche contextuelle, qu’à une recherche phénoménologique. L’hypnotraumatologie n’a pas pour finalité de faire émerger une et une unique vérité, mais de saisir des vérités aussi éphémères et incertaines, aussi singulière et générale,  qu’elles soient. C’est notre vision, notre philosophie et notre éthique de la démarche de recherche dans l’exercice de l’hypnotraumatologie.
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