Science

Les fondements hypnotraumatologiques

Pour une approche scientifique

La problématique actuelle de la science

Alors que l’hypnose est pratiquée depuis des siècles, se heurtant continuellement au scepticisme des sphères scientifiques, aujourd’hui, elle se voit auscultée par l’imagerie médicale et par les neurosciences. L’hypnose  devient donc un objet d’étude légitime et son intérêt comme sa pratique se transforment en une appropriation par différentes disciplines et sciences. En effet, son entrée à l’hôpital pour notamment soulager les patients de la douleur lui donne à la fois son envergure tout en la réduisant à l’exercice d’un traitement par causalité : une cause, une réponse hypnotique.

Cette réduction de la pratique hypnotique réinterroge de ce fait son exercice centenaire dans le champ de l’hypnothérapie. Puisque l’hypnose montre des effets dans le secteur médical, alors une logique toute aussi illogique laisse à dire qu’elle doit être réservée aux médecins, aux dentistes, aux kinésithérapeutes, aux dermatologues, laissant entendre que seul un spécialiste peut l’utiliser à bon escient. Pourtant vous n’allez pas chez un dentiste pour une thérapie.

Le scientisme, position selon laquelle la science expérimentale est la seule source fiable du savoir du monde par opposition à toute autre forme de savoir, devient la gangrène de l’hypnothérapie. Parce que l’on ne sait pas, on en nie l’existence. C’est une vision réductionniste, rationnelle, et dualiste dont l’hypnotraumatologie réfute cette pensée simpliste. Nous ne savons rien, sur l’amour, la haine, la peur, l’angoisse, et même l’inconscient. Nous ne pouvons pas les mesurer, les expliquer, les identifier et pourtant ils sont bien là.

Parce que la science traditionnelle pense par l’état, c’est-à-dire la réalité d’une chose, l’hypnotraumatologie repose sur le processus, c’est-à-dire sur la globalité des choses abstraites et concrètes d’un état. Alors que la médecine traite la sensation, l’hypnothérapeute et l’hypnotraumatologue traitent l’émotion.  Et justement à ce propos, une équipe de Montréal menée par Pierre Rainville démontre que l’hypnose peut agir sur deux aspects distincts de la douleur : la sensation ou l’émotion (P. Rainville, G.H. Duncan, D.D. Price, B. Carrier et M.C. Bushnell, « Pain affect encoded in human anterior cingulate but not somatosensory cortex », Science, vol. CCLXXVII, n° 5328, 15 août 1997).

L'appropriation de l'hypnothérapie par la science

Le débat est donc mené sur l’intitulé même de « thérapie » qui serait réservée aux psychiatres, psychologues, psychothérapeutes, médecins, seuls habilités à  traiter une maladie par des agents physiques, médicamenteux, ou par l’analyse de l’expression verbale, corporelle ou comportementale. Une thérapie sous-entend une maladie et effectivement le traitement d’une maladie fut elle identifiée est réservée aux disciplines citées. L’hypnothérapie et l’hypnotraumatologie développées par le CNH ne portent pas sur l’apparence d’une maladie et ne visent pas à la « soigner » mais traitent les phénomènes périphériques qui l’entourent. De surcroit, un deuil, une maltraitance, un choc émotionnel, une agression physique ou sexuelle, ne permet en aucun cas de qualifier de malade la personne l’ayant subie. Les traumatismes ne sont pas des maladies et encore moins le vécu qui en découle et leurs traitements se heurtent aux limites de la connaissance des sciences. Parce qu’il est question ici d’une notion relativement floue et personnelle, celle de la souffrance, qu’elle soit physique, psychologique ou encore émotionnelle. Pour ces raisons, l’éclaircissement d’une approche pour formaliser les pratiques de l’hypnose dans le cadre des traitements traumatiques se devait d’apparaitre par un différentiel. C’est chose faite aujourd’hui par les dénominations de:

HYPNOTRAUMATOLOGIE 
HYPNOTRAUMATOLOGUE

Cependant, ces deux néologismes ne suffisent pas en eux-mêmes à faire état du champ de compétences de l’hypnotraumatologue pour pratiquer l’hypnotraumatologie. Mais rappelons ici, qu’il n’est pas question de soigner mais de traiter les phénomènes à l’œuvre qui délimitent précisément le cadre d’intervention de l’hypnotraumatologue.

L’hypnotraumatologie et ingénierie sociale une approche complémentaire

L’hypnotraumatologie est née d’un maillage de l’hypnothérapie  dans le cadre des traumatismes, et de l’ingénierie sociale qui ont pour dénominateur commun de venir en aide aux autres. Le cabinet d’ingénierie sociale avec lequel nous avons collaboré est spécialisé dans la protection de l’enfance et par conséquent dans les situations de maltraitance.

Le rapprochement ne pouvait naturellement que s’opérer, d’abord à l’endroit des situations de maltraitance. Une homologie évidente qui toutefois laisse apparaitre une dissemblance de temporalité dans l’accompagnement, la protection de l’enfance en charge principalement des mineurs, l’hypnothérapie en charge généralement d’adultes.

Cette caricature volontaire pointe la première action comme motif de prévention ou traitement d’un traumatisme récent, alors que la seconde action vise une aide et traitement d’un traumatisme souvent lointain et ancré.

Nos registres de compétences bien qu’éloignés montrent toutefois une convergence sur les publics en situation de vulnérabilité, que nous accompagnons. Plus précisément, c’est notre désir commun de penser, de proposer, de créer et formaliser des réponses efficientes en direction des personnes qui souffrent. C’est donc bien la question du traitement des traumatismes par conséquent chez l’enfant ou l’adulte, au cœur de nos pratiques, qui nous réunit et constitue l’essence même de l’hypnotraumatologie. Il a fallu trois années de travail intensif pour définir, conceptualiser et faire naitre les grands principes et les fondements de cette nouvelle science. Cette recherche est issue d’expériences, d’enquêtes et d’études de secteurs et disciplines variées :

Disciplines : Philosophie ; psychanalyse ; psychologie ; psychologie sociale ; sociologie ; victimologie ; science de l’éducation ; hypnose Ericksonienne…etc. Secteurs : Social ; médico-social ; sanitaire ; paramédical ; neurosciences…etc.

Une modélisation reposant sur la transdisciplinarité et la complexité

L’hypnotraumatologie est donc un travail d’assemblage des pratiques sectorielles et des richesses disciplinaires, non sans interroger et remettre en question certaines croyances, ou fausses vérités. En somme, c’est un maillage de connaissances et de procédés incontournables à l’appréhension et au traitement des traumatismes, par l’approche des sciences humaines, sociales, médicales et hypnotiques.

C’est donc le regroupement de savoirs (connaissance d’un champ théorique et lexical), de savoir-faire (maillage des connaissances à la pratique), de savoir-être (l’application avec les valeurs) et de savoir-devenir (adaptation et adéquation de la méthode). L’approche repose sur une démarche d’ingénierie sociale et de formation qui s’est concentrée à conceptualiser et modéliser cette approche sur un plan scientifique, spécifiquement à partir de la production des savoirs mais aussi à partir de l’expérience du secteur sanitaire, médico-social et social.  L’hypnothérapie a transformé ces savoirs pour les rendre praticables avec l’hypnose sous l’intitulé d’hypnotraumatologie.

  • Dans un premier temps, il en résulte un champ de compétence théorique synchronisé à un champ de compétence expérientiel pouvant définir précisément cette approche. L’hypnotraumatologie est ainsi formalisable, verbalisable, identifiable, communicable et par conséquent transmissible.
  • Dans un second temps, ce préalable de modélisation tout logiquement consent à l’évaluation et par conséquent à l’évolution de cette méthode. Nous ne briguons pas une scientificité absolue de cette nouvelle méthode mais posons les jalons d’une science, celle de l’hypnotraumatologie.

La compréhension des traumatismes et leur traitement par les pratiques hypnotiques, exigent  des études pour faire état des avancées dans ce domaine. Au même titre qu’une autre science, elle doit savoir évoluer selon ses propres recherches, et considérer les évolutions sociétales. Pour faire un parallèle avec l’étude des cas cliniques dans le domaine de la psychologie, l’hypnotraumatologue étudie individuellement ou collectivement les situations traumatisantes dans le cadre de l’hypnose et contribue de ce fait à la recherche hypnotraumatologique. Les publications sont regroupées, analysées pour développer une base de données. Aussi, le professionnel endosse la casquette de chercheur pour finalité d’améliorer cette science et par répercussion d’améliorer les pratiques.

Il est temps de ne plus se contenter seulement d’une rupture épistémologique avec les disciplines transversales pour positionner l’hypnotraumatologie comme science, sans rougir des autres disciplines telles que la psychanalyse ou la psychologie, qui chacune à différents degrés s’enquiert de cette qualification de science. Arnaud Signol apporte un éclairage sur la l’attribution du terme « science » à la psychologie par son modèle causaliste et à la psychanalyse par son modèle verbal :

« On peut ainsi montrer en psychologie cognitive le lien causal existant entre des difficultés d’apprentissage et une carence de sollicitation de l’environnement. La psychanalyse se dégage de ce modèle pour envisager le sujet d’abord dans son dire, plutôt que dans les faits de son histoire. C’est ce que le sujet a élaboré fantasmatiquement, ce qu’il s’est représenté de son histoire, qui compte plus qu’une réalité des faits, ce qui fait événement pour lui. Paul Ricœur distingue avec justesse la cause et le motif en psychanalyse. En effet, la cause serait plus du côté du moi conscient, d’une articulation objectivable entre un fait et ses répercussions. Le motif, lui, serait du côté de l’inconscient avec l’obscurité des tendances contradictoires du sujet, l’ambiguïté de son désir».

L’originalité de l’hypnotraumatologie repose non pas sur la causalité ou sur l’explication, mais sur les phénomènes et les situations de traumatismes d’où une approche qualifiée de situationnelle et phénoménologique. La première est reprise du secteur médico-social, plus précisément des champs du handicap, et la seconde provient d’une méthode de la philosophie.

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